Montée de la croix du Canigou

 

Récit de la montée de la Croix du Canigou par Jo TASIAS « Vieux Castor Catalan » (texte intégral)

 

Ce camp était un camp pèlerinage. L'objet en était de monter au pic du Canigou la Croix à laquelle nous travaillions depuis le mois de Février et qui venait d'être terminée. Ce pèlerinage était fait aux intentions du Puy : libération de la France (matérielle et morale), retour des prisonniers, et des Français au STO, christianisation de la France. Nous demandions également des grâces spéciales pour nous tous en particuliers et pour tous les Scouts en général, afin que nous devenions meilleurs et toujours à la hauteur de la tâche qui nous attend. Enfin, en hissant une croix au sommet du Canigou nous placions tout le Roussillon sous le signe du Christ.


Malgré les demandes faites au District et les appels lancés à toutes les unités nous étions seuls pour monter la Croix, comme nous avions été seuls pour y travailler. Voici la liste des personnes scoutes et civiles ou religieuses, ayant participé au pèlerinage :
Routiers : Chef de Clan : Joseph TASIAS, Aimé MAILLOL (CE), Maurice MARTY (SE) François DA SILVA, Albert de MASIA, Roger ESTEVE, René LOOS, Pierre CAILLENS, Paul SIVIEUDE, Marc PATEAU, Pierre CAZOTTES, Charles BILLE, Sauveur REGINCOS.
Civils : Deux invités: Monsieur Victor COCA (citoyen espagnol), 43 ans, serrurier, Monsieur Augustin LONGAS (citoyen espagnol), 17 ans, apprenti serrurier.
_L'Aumônerie était assurée par Mrs les Abbés GUMA (Vicaire de St Mathieu, Aumônier auxiliaire du Clan) et DURANO (aumônier du Nord en convalescence). Assistait au Camp Monsieur l'Abbé Vincent FERRAND (Séminariste).

 

Programme du camp:

 

Il s'agissait donc de porter au Pic du Canigou (2 785 mètres) une croix de fer forgé de 112 kgs et avec elle 200 kgs de ciment pour l'érection du socle. De plus il fallait emmener le matériel de camp, de cuisine, et des pelles, truelles, massettes, bois pour le coffrage du socle, et surtout du ravitaillement pour toute la durée du camp (le point de ravitaillement le plus proche étant à dix heures de marche).
La « Tortue » chariot de Troupe (ancien caisson de mitrailleuse transformé) fut donc frétée pour le camp : la Tortue se montra d'ailleurs magnifique et mérita pleinement la confiance que nous avions en elle.

Le Départ fut fixé au dimanche 18 Juillet par le train de 19 heures 20. Auparavant la Tortue et les pèlerins devaient être bénis par Monsieur le Curé pendant les vêpres. La grande difficulté consistait à faire accepter tout le matériel par la S.N.C.F. (la Tortue pesant au départ 133 kgs). Ensuite par étapes en 2 ou 3 jours on tirerait la Tortue jusqu'au Chalet. On cantonnerait alors si possible au Refuge d'Hiver et de là on porterait la Croix, le ciment, le matériel, au pic où l'on dresserait le socle et où on scellerait la Croix. De plus des garçons devaient descendre chaque jour à Prades chercher du ravitaillement (pain, viande, médicaments épuisés).


Le Chef de Clan s'était chargé lui même du ravitaillement assisté de MAILLOL spécialement chargé des finances. Voici ce qui avait été demandé à chaque garçon : prix du camp 150 francs, tickets 3500 gr. de pain, I80 gr. de viande, 60 gr. de fromage, 100 gr. de matières grasses, 50 gr. de café, 30 morceaux de sucre. La délégation à la Jeunesse et le Secours National avaient accordé du ravitaillement supplémentaire.


Messe en tenue à 8 h, puis préparation du départ. On sort la Tortue, on la graisse, on vérifie les roues, le timon. Pendant ce temps le Chef de Clan aidé de quelques garçons commence à sortir le matériel que deux Routiers vérifient au fur et à mesure et emballent le ravitaillement, dans des cartons d'abord puis dans les mar-trois et les mar-hut. Peu à peu la Tortue se remplit et cependant nous n'y mettons ni les sacs de ciment, ni le matériel de maçonnerie que nous a procuré REGINCOS. Vers Il h.20 arrivent deux ouvriers Mrs COCA et LONGAS, qui travaillent avec DA SILVA et qu'il a invité à venir. Après entente avec le Chef ils décident de venir et l'Orfraie Caverneux s'empresse de leur demander argent et tickets. A 12 h.30 le chariot est terminé et nous nous séparons en nous donnant rendez-vous pour les Vêpres à 15 h.


A 15 heures, juste avant que ne débutent les Vêpres, la Tortue reprenant une vieille tradition de la Troupe fit son entrée dans l'Eglise et vint se placer au Pied du Maître-autel.
La Croix avait été placée sur le chariot autour duquel six routiers montaient la garde dans un « Toujours Prêt » impeccable avec le drapeau de Troupe et le Fanion de Clan. Monsieur le Curé bénit la Croix, la Tortue et les pèlerins.


Sitôt les Vêpres finies la Tortue s'ébranle, mais devant la porte de notre église les fidèles nous arrêtent, chacun regarde et baise cette croix qui sera dans quelques jours là haut étendant ses bras au dessus de notre cher Roussillon. Puis le chariot est conduit jusque chez le Chef où quelques Routiers restent pour le garder tandis que les autres vont chercher leur sac et souper. De son côté MAILLOL se débrouille pour le collectif. Enfin à 18 h.30 tout le monde est rassemblé devant la gare; tout le monde ou presque mais l'employé qui est chic ne nous fait aucune difficulté pour le passage sur le quai. Mais le plus dur était évidemment de faire passer le matériel. En passant sur le quai les Routiers ont rentré un sac de pain, les deux pelles plus tout le matériel distribué sur et dans les sacs. Pour le chariot les employés ferment les yeux et nous ont même permis de passer la Croix comme bagage personnel par les « bagages » reste le ciment et c'est l'Orfraie qui s'en charge. Deux Routiers mettent les sacs sur la rampe de fer qui est devant la porte et l'Orfraie profite d'un moment d'inattention voulue de I’employé de la SNCF pour passer les sacs jusqu'au train. Enfin tout est passé, tout le monde est rassemblé y compris les invités. Peu après le train démarre, le pèlerinage entre dans la réalité.


Le voyage d'aller est très gai et s'effectue dans de bonnes conditions. Les difficultés commencent à Prades où l'on ficelle tant bien que mal le chariot, le ciment, le pain, la Croix, les pelles. Cela fait nous démarrons en direction de St Michel de Cuxa, première étape de notre pèlerinage. C'est ici que se place un épisode comique qui eut pu d'ailleurs tourner au tragique : nous prenons un raccourci et nous devons descendre et monter sur un chemin impossible. Il s’en faut de bien peu que la Tortue et tout son chargement ne vide dans un fossé, mais nous rejoignons la route. C'est alors que le lasso de MAILLOL casse pour la 1ère fois! Pauvre lasso et pauvre Orfraie heureusement que l'Abbé FERRAND est là pour le consoler et l'arracher à sa douleur. Mais nous voilà rapidement parvenus sans encombre à St Michel où nous nous organisons pour la nuit.
Le Frère André est là pour nous recevoir et il nous installe dans la grange. Nous mangeons un morceau et de suite nous nous couchons car nous avons de rudes efforts en perspective.

LUNDI 19 JUILLET :

Après une bonne nuit dans la paille, réveil à 5 heures, car avec le décalage d'heure la messe n'est qu'à 6 heures. A 5 heures donc le Frère André vient appeler le Chef. Celui-ci d'un geste familier, frappe dans ses mains et nous Il invite à nous lever. Personne ne se fait prier et après un peu d'hébertisme, nous allons vite nous laver. Puis chacun fait son sac et nous nous alignons en ordre. Nous allons alors à la messe. Lorsque nous arrivons, plusieurs messes sont déjà commencées. Cette messe nous laissa une profonde impression de recueillement, de calme, de sérénité.


L'office terminé, quelques routiers sont envoyés à la cuisine, tandis que d'autres aident le Chef à faire le Chariot. De plus deux garçons sont envoyés à Prades pour le ravitaillement. Nous aurions certainement souhaité quelque chose de plus spectaculaire, mais le Père Abbé n’a pas pu venir nous bénir au sortir du Monastère, ni bénir la Croix; c'était le jour de silence, aussi ne nous a-t-il bénit qu'après la messe, dans la Chapelle. Mais telle quelle cette bénédiction fut bien émouvante. C'est donc à 7h30 qu'est donné le signal de départ; il a été convenu que jusqu'à Taurinya nous faisions la route pieds nus et en silence, le pèlerinage commençait. A notre arrivée à Taurynia au moment où nous allions faire une halte arrive une petite histoire que nous avons trouvé fort bonne. Un bon vieux, avisant notre équipage et notre tenue et nous prenant pour des doucement fous, demande à l'Abbé FERRAND si nous comptions aller loin comme cela. Sur une réponse affirmative il se déclara prêt à parier 1000 frs que nous ne dépasserions par le Col de Millères. L'Abbé FERRAND éluda le pari et fit comprendre au pauvre homme que nous voulions monter au Pic. Sans un mot de plus le brave paysan s'éloigna, convaincu qu'il avait affaire à des toqués.
Nous faisons une courte halte avant d'entrer dans le village. Là ceux qui veulent se rechaussent d'autres, volontaires, continuent pieds nus.


A la sortie de Tauryna, une équipe reste à la Tortue, qui continue par la route de Fillols, tandis que le Chef emmène une autre équipe qui porte ses sacs au Col de Millères par le raccourci et qui viendra ensuite nous relayer. L'étape jusqu'au Col fut très pénible car la côte était très raide et le soleil tapait dur. Après plusieurs kilomètres de montée on arriva enfin à un plat, peu avant les mines, quelques routiers de l'autre équipe vinrent pour nous remplacer. Ceux qui ne tiraient pas allèrent chercher de l'eau à la mine. Enfin vers les 13h tout le monde y compris la Tortue, était rassemblée au Col de Millères. En même temps que le chariot arrivaient les deux garçons envoyés à Prades et portant du pain et des pommes de terre. On fait rapidement bouillir des pommes de terre tandis que MAILLOL distribue de la viande. Tout compris au départ du Col de Millères, vers les 14h, la Tortue pesait 733 kgs. Avec un nouvel attelage permettant à un plus grand nombre de routiers de tirer, nous partons pour la fontaine du Loriot où il nous faut arriver ce soir, car nous devons prévoir nos haltes à proximité de points d'eau. Que dire de cette étape, comme de celles qui vont suivre. C'est dur, très dur même, le chemin est très mauvais, la pente raide, les passages les plus mauvais sont enlevés au pas de course. Une fois immense nous soulève. Vers les 17h30 nous arrivons donc comme prévu à la Fontaine du Loriot, ou plutôt à une source qui est un peu avant. Vite le Chef distribue les rations pour les Equipes, tandis que le pauvre MAILLOL prépare la viande et il a besoin de tout son courage pour ne pas décamper car elle "sent un peu". Mais on active la cuisine, tandis que quelques routiers montent les tentes et que Monsieur COCA arrange la source. Nous mangeons de fort bon appétit avant que le jour ne tombe. Tout de suite après l'escale de l'Ours au pas gymnastique arrachant les 700 kgs de la Tortue et les faisant rebondir de pierre en pierre, de roche en roche. Mais nous ne pouvons faire ainsi que quelques mètres. Alors nous excitant de nos cris, nous parvenons à arracher à plusieurs reprises la Tortue et à lui faire franchir des "marches" plus hautes que les essieux. Enfin l"escale de l'Ours" est franchie et en un temps record. Nous nous octroyons un petit instant de repos, juste pour reprendre nos sacs. Puis nous regagnons notre place dans l'attelage et nous repartons en direction du tunnel. Mais le tunnel est loin et le chemin grimpe de plus en plus. Enfin voici le tunnel et plus d'un parmi nous a une pensée pour le Vierge qu'il y a un peu plus d'un an nous avions essayé de fixer à cet endroit. Maintenant le chemin se fait moins dure et nous avons un "taill" de plat (party dixit). Mais cela ne peut pas durer et à nouveau ça grimpe. Nous allons nous coucher. Chaque équipe a mis une rallonge à sa tente car nous sommes assez nombreux par tente.

 

MARDI 20 JUILLET :

Après une bonne nuit du moins chez Charles André (Maillol) car LARIGAUDIE (MARTY) a eu "un peu froid" nous nous levons de joyeuse humeur et faisons honneur au déjeuner copieux qu' un Intendant aimable a bien voulu offrir à ses Routiers. Pendant que quelques garçons entourent de soins et d'attentions leurs mar-huts respectives, le reste du Clan plie le camp, roulant les tentes, faisant les sacs et finalement bouclant la Tortue.
Evidemment nous regrettons tous ne pas pouvoir entendre la messe, mais nous n'avons avec nous qu'un sous-diacre. Vers les 8 heures nous redémarrons.


La Route est très pénible et si au début nous avions très chaud, nous devons ensuite traverser la couche de nuages. Pour que nous puissions tirer plus facilement on crée un roulement; pendant que 10 au 12 routiers tirent et poussent les 3 ou 4 restant transportent peu à peu les sacs, par les raccourcis jusqu'à un endroit désigné.


Nous faisons très peu de halte car nous devons nous arrêter souvent. Le chemin est très mauvais. Enfin vers les l0h30 après avoir traversé la forêt brûlée, nous entrons dans Balatg. Là nous faisons une halte et nous déjeunons avec des saucisses qui elles aussi commencent à bien "sentir" cependant une fois pelées elles sont bien bonnes. Au bout d'une demi heure nous repartons. La route se fait de plus en plus dure car "ça monte". Tout le monde s'y met, on tire de toutes ses forces, les cordes se tendent... Et hélas elles cèdent parfois au grand désespoir de MAILLOL qui voit son lasso faire des petits. Et nous arrivons à l'escale de l'Ours coin redouté entre tous car la pente est raide et le chemin est taillé dans les roches. Nous nous demandons comment nous allons passer. Comment passerons-nous? Mais au pas de course. En effet nous abordons l'escale, les plus jeunes partant en avant avec nos sacs qu'ils portent jusqu'à la cascade ou nous avons besoin de repos et surtout parce que nous avons faim. Enfin dans un dernier effort la Tortue passe la cascade et nous nous arrêtons. Il est environ 14 heures.


Aussitôt nous préparons nos geux et notre matériel cependant que le Chef distribue le "ravito" par équipes et que MAILLOL nettoie les derniers morceaux de viande; qu'es-ce qu'il prend! Comme le repas n'est pas prêt nous portons la croix, à 4 ou 5 jusqu'à la fontaine du Club Alpin; puis nous y tirons le chariot. Là Monsieur COCA se dévoue et demande à rester pour garder le chariot. Nous redescendons pour dîner et quelqu'un porte de quoi manger au brave COCA. Le repas terminé, dans la joie, nous faisons une rapide vaisselle, refaisons nos sacs et partons rejoindre la Tortue à la Fontaine, d'ailleurs démolie, du CAF et nous reprenons la route.


Pendant quelque temps le chemin est très pierreux puis, comme nous nous enfonçons davantage dans la forêt il est recouvert d'une herbe ce qui rend l'avance un peu moins pénible. Mais la route monte toujours et nous avons beaucoup de peine surtout qu'il fait assez froid. Enfin vers les 17h.30 voyant que nous sommes trop loin du Chalet nous décidons de nous arrêter. Pour nous camoufler nous allons planter nos tentes et avancer la Tortue dans un chemin inutilisé, bien au milieu des arbres. Un tournant aménagé sur l'endroit une assez grande "place" toute couverte de gazon et d'herbe et notamment des épinards sauvages. Vite nous nous remettons à la cuisine et nous montons nos tentes dans la nuit qui tombe. MAILLOL fait une installation magnifique d'auvent pour agrandir sa tente; PATAU et CAILLENS se dévouent pour allez chercher de l'eau à une heure de là à une cascade. Enfin vers les 20 h. nous soupons de fort bon appétit et l'on envoie tout le monde se coucher en recommandant de ne pas allumer de lumière et de faire silence au cas ou des Allemands passeraient par 1à.


Le CC prit le premier tour de veille. Peu de temps après il vit arriver Monsieur l'Abbé GUMAS lequel était monté avec des touristes et avait laissé Monsieur l'Abbé DURAND trop fatigué à la Maison forestière.

MERCREDI 21 JUILLET :

 

Le réveil évidemment est joyeux. Et puis ce matin nous aurons la messe. Malgré le froid qui est vif, combien belle et réconfortant cette messe nous parait-elle. Mais il n'est pas que nourriture spirituelle, et nous faisons honneur au petit déjeuner...
Puis nous démontons le camp et faisons nos sacs tandis que le chef ficelle la Tortue et arrime soigneusement la Croix. Enfin vers les 8h30 nous partons pour la dernière étape il nous faudrait atteindre si possible le Chalet avant le dîner dussions-nous manger à 2 heures ou même à 3 heures de l'après-midi. La route peu à peu sort de la forêt pour s'y replonger ensuite, mais elle est très rude car elle est très pierreuse enfin vers les 12 h. nous arrivons au "plat des vaches" et à 12 h.30 à la cascade. Nous en partons à 12 h.45 et un peu plus haut, à 12 h30 très exactement de MASSIA nous promet un pipermint à chacun si nous arrivons au Chalet dans une heure très exactement. Je ne sais pas si les Routiers affectionnent particulièrement ce genre de boisson, mais le fait est qu'en un peu moins d'une heure nous avions atteint le chalet dans l'enceinte duquel nous faisons une entrée triomphale au pas de course.


De MASSIA dût s'exécuter et nous payer le pipermint que nous avions bien gagné. Aussitôt après le dîner le Chef va demander à Monsieur SAPORTE l'autorisation de dresser nos tentes derrière le chalet. Autorisation qui nous est accordée. Nous plantons nos trois tentes tandis que les cuistots construisent les foyers et vont chercher le ravitaillement à la Tortue. Peu après les feux ronflent et fument, les tentes sont prêtes nous y rentrons toutes nos affaires et aménageons à nouveau des auvents où nous mettons nos sacs et notre matériel. Le temps est très mauvais.


Dès que le dîner est prêt nous nous "attablons" et mangeons de fort bel appétit car il est presque 15 h. Le repas terminé, les grâces rendues, nous formons deux équipes: une montera la croix le plus haut possible et l'autre montera un sac de ciment au pic ou elle le mettra dans la baraque. Il pleut il fait froid. Nous passons un "pal samalé" dans la croix et ce n'est vraiment pas amusant de la porter ainsi. Nous faisons de même pour le sac de ciment que nous ficelons au bâton. Puis nous partons dans un brouillard épais qui ferme la vue à une cinquantaine de mètres devant soi. La Croix part d'abord mais bien avant la fontaine de la perdrix elle est rejointe par l'équipe du ciment. Les équipes ne sont pas nombreuses six garçons par équipe et le tour revient souvent, mais; cependant l'on porte car nous n'avons rien perdu de la belle exaltation et de l'enthousiasme qui nous souleva les premiers jours. Le ciment arrive au pic Joffre et l'équipe fait une courte halte. Mais elle repart et il y a longtemps que les garçons de la Croix ont perdu de vue leurs camarades. Puis c'est la Croix qui arrive lourdement et péniblement au Pic Joffre. Plus nous nous élevons et plus le temps est mauvais, il pleut par averses violentes et nous sommes continuellement dans un crachin glacé.


Enfin l'équipe chargée du ciment arrive au Pic, elle dépose le sac de ciment dans l'abri de pierre et le préserve du mieux possible de la pluie. Pendant ce temps l'autre équipe peine et sue sur un chemin difficile; à mi-chemin du Pic Joffre et des "éboulis" elle doit abandonner et elle dépose la Croix au dessus du sentier sur de grosses pierres, elle laisse également les deux grandes pelles qu'elle avait emportées. A ce moment là l'autre équipe arrive et tout le monde descend. Nous avons peiné, nous avons souffert du froid d'abord et aussi de ce bâton qui mordait l'épaule et endolorissait même les hanches. Nous avons peiné et nous avons souffert, mais nous avons cependant en nous une flamme que la pluie n'a pu éteindre et elle se reflète dans nos regards et dans le sourire informe qu'essaient d'ébaucher nos lèvres. Et dans ce sourire, ou dans cette grimace, l'on trouve cette joie et cette fierté scoute du devoir accomplit, du service gratuit et de la pleine possession d'un moral qui élève l'homme bien au dessus du Canigou et de la terre.


Au Chalet pendant tout ce temps là on n’a pas chômé et nous trouvons le repas du soir presque fait. En attendant nous mettons la dernière main à l'organisation des tentes, nous creusons des rigoles, nous préparons des salles à manger, puis nous nous disputons âprement d'équipe à équipe, les invités. Nous accueillons ensuite avec joie le souper réconfortant et reconstituant que l'on nous a préparé. Ensuite après, nous faisons rapidement la vaisselle et nous commençons à nous coucher. Ce soir, dussions-nous être serrés plus que des anchois personne ne dormira sous les auvents, il fait bien trop froid.

JEUDI 22 JUILLET :

Le réveil sonne, ou plutôt le Chef nous appelle à 7h. 30. Nous faisons une rapide toilette, nous nous habillons, nous rangeons nos affaires, nous préparons un autel et à 8h.30 environ nous assistons à la messe, dans la forêt près du Chalet. Très jolie messe évidemment dans ce décor grandiose ou la lumière cependant pénètre.


Mais tout cela ne nous empêche pas d'apprécier comme il se doit le déjeuner. Après le déjeuner deux routiers descendent à Prades chercher le pain et à St Michel prendre le vin. Nous mettons le ciment d ans des sacs tyroliens sous la direction du "maître" REGINCOS. Nous avons ainsi deux sacs de 25 kgs. Malgré le temps qui est toujours très mauvais nous partons avec ces deux sacs que nous devons monter au pic et porter la croix un peu plus loin. Nous reprenons le même chemin que hier soir et hélas dans les mêmes conditions mais l'équipe de ciment à juste le temps d'arriver au Pic que la pluie redouble et les oblige à redescendre il en est de même pour les garçons chargés de la Croix. Mais ces derniers continuent jusqu'à ce que l'équipe de ciment les ait rejoint. Nous attendons un moment une éclaircie qui ne vient pas; par contre c'est le dîner qui arrive avec les cuistots, mais nous redescendons tous, non sans avoir dîné, entre deux grains.


A notre arrivée au chalet nous apprenons que le refuge du CAF est libre à part un couple qui ne prendra pas beaucoup de place. Nous demandons à Monsieur SAPORTE s'il nous serait possible de nous y installer et sur sa réponse affirmative nous nous organisons. Des Routiers démontent les tentes et ramassent le matériel, l'empilent, d'autres préparent de nouveaux foyers à l'intérieur, d'autres arrangent leurs affaires dans notre cantonnement. En fin d'après-midi tout commence a être arrangé. D'ailleurs il pleut toujours, mais bientôt le repas est prêt. Nous soupons de belle humeur dans la « salle à manger » sur de jolis siéges taillés dans de grands troncs. Nous nous couchons rapidement, car nous avons grand besoin de repos. Cependant pour ne pas manquer demain matin le réveil, nous installons un tour de garde.

VENDREDI 23 JUILLET :

Réveil à 7 h. Rapidement quoique presque dans l'obscurité, on se lève, on se lave, on s'habille à 8 h. précises messe. Mais ce matin il pleut et la messe sera dite au Chalet. Après la messe nous nous dépêchons d'aller déjeuner sentant que ce matin nous avons, en plus de pommes de terre, de la crémosine. Il pleut averse et nous pouvons pas "monter"', en revanche nous mettons de l'ordre et nous nettoyons dans le refuge. Vers les 9 h.30 il se fait une accalmie, le temps s'éclaircit. Nous en profitons pour monter un nouveau sac de ciment dans deux sacs tyroliens, et pour monter deux seaux à eau que nous remplissons à la fontaine de la Perdrix. Le temps est très froid et nous ne sommes pas suffisamment couverts. Surtout après le Pic Joffre car nous essuyons alors le vent chargé d'humidité quand ce n'est pas de pluie. Enfin les deux sacs arrivent et les deux seaux aussi et nous nous dépêchons de descendre. En 40 minutes nous sommes au chalet, où le dîner nous attend. Nous trouvons le Chef BLAZY ainsi que l'Abbé SANS, de Prades, et quelques jeunes gens. Comme le temps se met au beau nous décidons de porter la Croix au Pic cet après midi. Nous ferons un chemin de Croix.


Vers les 14 h. nous partons forts nombreux, en direction de la Croix avec nous il y a encore le Chef BLAZY, les jeunes gens, l'Abbé SANS et Monsieur TOMASIE qui est avec nous au refuge. Huit Routiers partent à part avec un sac de ciment réparti en deux sacs tyroliens comme d'habitude.
Dès le Pic Joffre, le temps est plus froid et tourne vite en brouillard; il fait très humide lorsque nous atteignons la Croix ; à compter de ce point nous allons faire le chemin de Croix et ses quatorze stations. Nous allons revivre la passion du "Maitre", la passion du Christ.


Nous allons tâcher de réaliser ses souffrances, nous allons offrir et les siennes et les nôtres pour que nous devenions meilleurs. Les souffrances dans ce cas, nous ne pouvions pas les trouver suffisantes, les eussions nous offertes dans le plus bel esprit; il nous fallait nous unir plus étroitement aux souffrances du Christ pour nous, il nous fallait faire nôtres ses souffrances, dans la mesure ou cela est possible, pour mériter le pardon de la grâce.
Nous faisons ensuite la première station tous ensemble, y compris les huit Routiers chargés du ciment. Après la première station l'équipe de ciment part en avant tandis que l'on s'organise pour porter la Croix. On la porte en passant deux "pals samalés", un par le haut, l'autre par le bas de la Croix. Ainsi on peut porter à quatre quand le chemin le permet ou à deux quand le chemin est plus difficile, parfois il n'est pas de trop de tout le monde.
Les stations se succèdent. Le temps fraîchit encore. Alors nous commençons d'entrer dans les éboulis, les garçons qui ont portés le ciment reviennent et forment une autre équipe pour porter la Croix car il n'yen avait que deux.


Enfin nous arrivons au sommet. Après l'exaltation, la douleur profonde du chemin de Croix, nous découvrons aussi ce fait plus matériel peut être mais qui a pour nous une si grande importance: la Croix est au Pic.


Nous posons la Croix contre la baraque, et nous donnons les premiers coups de pioche pour le socle. Alors en remerciements nous lançons par trois fois un « Notre Dame Montjoie » retentissant. Et puis c'est la descente, un peu silencieuse car chacun a tant de choses à se dire et à lui dire. Enfin nous voici au Chalet où l'on se met vite à la cuisine. Le Chef BLAZY s'est blessé au genou en redescendant mais ce n'est rien de grave. Le Chef de Clan fait descendre SIVIEUDE à St Michel pour qu'il puisse le lendemain matin s'occuper des achats. Et l'on s'aperçoit d'une chose à laquelle personne n'avait songé c'est que c'est à 5 heures précises que la Croix arrivait au sommet, soit à 3 h. solaires. Un vendredi à 3 heures de l'après-midi, Gloria Domine!
Pendant que le dîner se prépare nous mettons de l'ordre et nous nettoyons le refuge. Nous dînons rapidement avec le Chef BLAZY que nous avons invité. Puis le Chef va chercher Monsieur et Madame SAPORTE pour faire une veillée.


Nous poussons des chants et des danses, la joie est grande. Monsieur et Madame SAPORTE nous offrent le café à la saccharine et peu après nous clôturons la veillée par la prière.

SAMEDI 24 JUILLET :

Réveil à 7h. Après avoir comme d'habitude assuré un tour de veille. A 8h. l'Abbé GUMA nous dit la Messe dans le Chalet. Après le déjeuner, rapide, nous montons à nouveau avec des seaux à eau pour commencer le socle. Seuls DE MASSIA, LONGAS et MAILLOL restent et déjeunent copieusement, car ils doivent descendre, à Fillols les deux premiers et l'Orfraie à Prades rejoindre SIVIEUDE. TASIAS aussi est resté pour leur donner des instructions. Puis le Chef remonte à son tour et avec lui l'Abbé SANS et ses quelques jeunes gens. Alors profitant d'un peu de beau temps, l'Abbé DURAND nous dit la messe, notre première messe au Pic. Après quoi, le Père et l'Abbé SANS descendent, et nous commençons à travailler au socle. Tout d'abord nous creusons un peu sous la roche pour y asseoir le socle, puis sur l'avis de REGINCOS, car TASIAS est descendu on le posera directement sur la roche. On bâti un peu le socle avec des pierres et on commence à faire le béton. Sauveur travaille, remue, arrose. Enfin nous commençons à avoir une idée de ce que sera le socle. Mais il se fait tard et voilà que des cuistots aimables nous apportent le dîner. Ils n'apportent pas suffisamment de plats et l'on peut voir le Père GUMA manger à l'aide d'une pierre les haricots qu'on lui a versés dans un creux de rocher. Après le repas nous nous remettons au travail. On fait un peu plus de béton mais bientôt nous voyons avec désespoir que nous n'avons plus d'eau. Quelques volontaires prennent les seaux et descendent les cheminées, s'en vont vers les petits lacs du Pla de Cadi, qui paraissent tout prêts. Mais hélas ils sont affreusement, terriblement loin, on ne pourra jamais y arriver. Alors que des chemins très difficiles on tache d'atteindre une petite source que l'on devine plus que l'on ne la voit. Hélas nous devons également renoncer et nous remontons les cheminées les seaux vides.


Mais il se fait tard et le temps est à nouveau mauvais. Alors sans eau, on met, un peu de "béton" et on le laisse là. Sauveur dit qu'avec l'humidité de la nuit cela suffira. Puis nous redescendons. Peu après notre arrivée au Chalet arrivent les quatre Routiers qui étaient descendus à Prades. Ils viennent avec un muletier car ils portent beaucoup de ravitaillement : pommes de terre, viande pain, etc...


Ils sont accueillis avec une chaleur qui n'a rien de désintéressée. Avec TASIAS ils font des comptes, ils arrangent le ravitaillement. Puis l'on passe à table. Dans l'obscurité éclairés seulement par le grand feu de bois notre repas a un cachet un peu particulier et bien sympathique. Après quoi nous allons nous coucher.

DIMANCHE 25 JUILLET :

Réveil à 7 h. comme d'habitude. Puis nous activons car nous allons tenter de dire la messe au Pic. Le mauvais temps et le froid ne nous découragent pas.


D'autres personnes étaient montées avant nous, mais quand nous arrivons gelés jusqu'aux os une pauvre femme s'était déjà trouvée mal de froid. Devant l'impossibilité absolue de dire la messe, nous redescendons. Puis nous assistons à la messe au chalet, non sans y avoir convié tout le monde. Mais il est tard et après la messe il ne reste plus qu'à préparer le dîner. Pendant ce temps quelques Routiers malgré la pluie intermittente vont chercher du bois. Enfin nous dînons, et nous dînons même dehors car le temps s'est quelque peu éclairci. Après le dîner nous allons donc monter, nous partons à neuf pour le Canigou ou plutôt à huit car TASIAS qui doit téléphoner nous rejoindra par la brèche Durrier.


MAILLOL et REGINCOS avec 25 kgs de ciment essaient de monter tout droit sans passer par le pic Joffre. Nous autres, remplissons nos seaux à la fontaine de la Perdrix. Le ciel est clair mais il fait très froid. Nous arrivons enfin au Pic ou TASIAS nous attendait déjà. Le socle que nous avions commencé hier n'a pas tenu et nous devons le recommencer ailleurs. Nous allons en refaire un autre juste sous le point géodésique. TASIAS dirige les opérations et joue au Maître maçon. Sauveur lui fait son « béton » qui n'est que du ciment sous la table d'orientation.


Les autres cherchent des pierres adéquates que le Castor réclame à cors et à cris. Enfin peu à peu le socle s'érige, il monte, il prend forme. Mais que de labeur, surtout avec le froid qui est maintenant si dur, si mordant. Mais il commence à se faire tard; cependant le Chef veut que nous ne partions pas sans dresser la Croix. Nous la mettons en effet sur le socle et pendant que deux Routiers la tiennent, le socle monte et s'élève, au bout d'un moment on peut lâcher la Croix, mais il est 21H.30 il fait maintenant nuit et nous ne pouvons terminer ce socle, dont nous pourrons dire qu'il nous a fait souffrir s'il ne nous a pas fait suer.


Nous descendons dans l'obscurité qui est maintenant totale et nous ne mettons même pas 40 minutes pour descendre du Pic au Chalet. La après un repas rapidement "englouti" nous allons nous coucher. Mais hélas il nous faut toujours monter la garde.

LUNDI 26 JUILLET :

Afin de ne pas perdre les bonnes habitudes réveil à 7h, toilette rapide, dans l'obscurité on revoie sa tenue qui est plutôt délabrée. Puis on file à la messe. Aujourd'hui encore nous la disons au Chalet. Le temps est très incertain, mais il ne pleut pas. Aussi après le déjeuner nous remontons à la Croix. Or mis ceux d'hier soir, personne ne sait que la Croix est presque montée et que nous allons la fixer ce matin. Nous montons joyeux et ce matin nous sommes vite rendus, car nous ne portons rien, ni eau, ni ciment, ni matériel.


Nous nous attelons de suite au travail qui consiste à achever le socle. Nous le fignolons, légalisons, bouchons toutes les fissures afin que la gel ne puisse pas le faire éclater. Enfin vers 11h la Croix est définitivement érigée, le socle est terminé. Alors, de joie et aussi en action de grâce nous poussons un retentissant Notre Dame Montjoie qui s'entendit du Chalet. Après un moment de congratulation et d'émotion nous ramassons le matériel, pelles, pioche, massette, et nous descendons.


Nous arrivons au refuge bien avant que le dîner soit prêt et nous annonçons fièrement « que c'est fini ». Aussi c'est près midi le Chef nous permet de nous reposer. Tout le monde va se coucher dès après le dîner, à l'exception des deux abbés (le troisième l'Abbé DURAND est parti Samedi); de TASIAS et de MAILLOL qui font des comptes. Plus tard ils préparent le souper et nous ne nous levons que pour manger car nous nous recouchons de suite après. Nous conservons tout de même la veille pour pouvoir nous réveiller demain matin à l'heure prévue.

MARDI 27 JUILLET :

Le réveil sonne aujourd'hui un peu plus fort que d'habitude c'est que ce matin nous allons bénir la Croix et dire la messe au Pic, nous nous préparons et prenons deux sacs, un pour l'autel portatif, l'autre pour les déjeuners, à l’occurrence du pain et quelques morceaux de sucre. Nous partons par la brèche Durrier au pied de laquelle nous sommes rapidement rendu. Il fait froid, quoique le ciel soit clair, et le petit lac au pied du glacier est recouvert d'une pellicule de glace. Puis nous abordons les éboulis et nous prenons pour cela un lasso qui permettra de nous assurer. Enfin, lentement un à un, nous passons tous par la fameuse brèche sous la conduite experte du Chef Joseph TASIAS, qui ferait décidément un bon guide. Puis nous grimpons les non moins fameuses cheminées. Une fois au Pic nous commençons à chercher un coin pour dresser l'autel et finalement nous le montons sur la table d'orientation. Sur une toile de tente retenue par quelques cailloux, le Père prépare un autel. Quelle belle messe! Là devant notre Croix, sa Croix, dans le froid, à 3 000 mètres d'altitude. Ah oui quelle belle messe combien émouvante. De suite après la messe nous déjeunons de fort bel appétit, mais hélas le déjeuner est maigre. Entre temps, le ciel s'est entièrement dégagé, on voit tout le Roussillon, Perpignan, la mer. De l'autre côté les monts de la Cerdagne qui nous menacent d’un orage. Alors, le Père bénit la Croix. Il bénit et sanctifie nos efforts, mais plus encore, tout ce Roussillon qui pendant quelques minutes se montre dans sa beauté. Ce Roussillon, notre Roussillon et le place sous le signe de la Croix. La courte cérémonie est magnifique. Nous voilà payés de nos efforts et de nos peines; nous avons réussis. C'était là tout ce que nous demandions. Dieu nous a accordé de mener à bien cette entreprise, puisse-t-elle servir à nous rendre meilleurs puisse-t-elle contribuer aussi à diminuer les souffrances, et surtout les souffrances morales de la France.


Puis nous projetons de revenir par le Pic Barbet mais le mauvais temps survenu tout à coup nous fait abandonner ce beau projet et nous reprenons encore une fois, le chemin que nous connaissons si bien à présent.


C'est dans une joie débordante que nous arrivons au Chalet. Quelques routiers se mettent aussitôt à la cuisine tandis que les autres commencent le grand nettoyage. Nous sortons tout, nous nettoyons toutes les paillasses, nous paillons tout le refuge, nous allons chercher du bois et nous l'entassons, etc... Puis nous passons à table, autrement dit nous faisons honneur à un bon repas, car c'est aujourd'hui le dernier jour. Après le repas nous continuons à tout nettoyer et à tout mettre en ordre. Vers la fin de l'après-midi quelques garçons vont se reposer tandis que le Chef avec deux ou trois Routiers mettent la dernière main à toute chose. Ils préparent ensuite le souper car nous allons nous coucher de suite après.

MERCREDI 28 JUILLET :

Pour le dernier matin réveil à 6 h300 Vite nous nous lavons et avalons un déjeuner froid, chacun se met à faire son sac.
Puis le Chef avec les Chefs d'équipe terminent le chariot qui en peu de temps est prêt au départ, taché et tout. Enfin nous mettons une dernière fois de l'ordre, et nous donnons le dernier coup de balai au refuge. Il est environ 8h.30 lorsque nous quittons refuge et chalet, l'entreprise entièrement terminée et menée à bonne fin.


Maintenant deux Routiers au chariot suffisent car il ne doit guère peser plus de 150 kg. Des cordes ont cependant été prévues à l'arrière pour retenir lorsque la pente est trop brusque. Nous descendons joyeusement et rapidement.
C'est d'abord le « plat des vaches » puis le fontaine du Club Alpin, puis la cascade. Nous descendons à grandes enjambées, et sans perdre un instant car la Tortue semble aujourd'hui avoir des ailes. Voici maintenant le tunnel du « pas de l'Ours » puis « l’Escale de l'Ours » qui nous avait valu tant de sueurs et tant de peine lorsque nous montions. De suite après semble-t-il la forêt brulée, enfin vers les 11 h. nous arrivons au Col de Millères, ou nous déjeunons de fort bel appétit.


Nous tentons de passer par le raccourci tout le monde se met aux cordes et deux Routiers des plus solides prennent le brancard, et, cela ne va pas sans quelques émotions, nous dévalons tels des bolides dans le petit bois de châtaigniers. Nous traversons ensuite Taurinya, la rivière et nous voilà sur la route. Vers les 1 heure nous arrivons à St Michel, immédiatement nous nous mettons à la cuisine en équipes, Deux Routiers assurent la garde et l'entretien du foyer par roulement tandis que les autres font un décrassage consciencieux dans un ruisseau en plein soleil ! Nous trouvons évidemment une rude différence de température entre le Chalet et l’Abbaye. Puis un Père vient chercher deux Routiers pour aller cueillir un gros panier de prunes et de mirabelles qu'ils nous offrent pour notre dîner. Nous ne manquons pas évidemment de leur faire honneur. Après le repas, nous refaisons les sacs et ficelons à nouveau la Tortue.


Puis vers les 14 heures environ nous partons pour Prades. MAILLOL nous a précédé pour faire établir le collectif à la gare. Lorsque nous arrivons il est entrain de discuter avec un employé de la SNCF dont il ne peut absolument rien tirer, Nous partons donc sans collectif, ce qui n'est pas pour arranger l'état de nos finances. A 18 heures et quelques nous prenons le train, et vers les 20 heures nous arrivons à Perpignan, après un voyage un peu triste.


A la sortie de la gare nous nous alignons et chariot en tête, au pas, nous nous acheminons vers La Réal. Un assez grand nombre de fidèles sortant d'une cérémonie nous salue et nous félicite. Puis avec Monsieur le Curé nous allons rendre compte à la Vierge qui nous bénit au départ.

L’auteur,
les participants à ce camp-pélerinage-entreprise.